Des mesurettes… toujours des mesurettes !

Publié le par Jules BOYADJIAN

Ils devaient se montrer intraitables, justes, impartials. Il s’agissait d’un test importance et d’une échéance difficile pour la Turquie. En réalité il n’en fut rien et le jeu de poker menteur continue entre Ankara et Bruxelles, avec comme mise, la République de Chypre. En effet, le Sommet Européen des 15 et 16 décembre derniers, n’a fait que confirmer les décisions du Conseil des Ministres des Affaires Etrangères, tenant lui-même ses conclusions du Rapport de la Commission porté par Oli Rehn, sur l’évolution de la Turquie sur les traces de l’adhésion. Bien évidemment, au delà du fait, que ce processus marginalise des institutions fondamentales dans la fonctionnement de l’Union Européenne, telles le Sommet Européen, ou le Conseil des Ministres – puisque les jeux étaient déjà joués d’avance – il s’agit encore une fois d’une preuve du laxisme européen au regard de considérations élémentaires en matière de politique européenne, et de lâcheté face à la diplomatie turque. Que s’est-il passé ? Juillet 2004, le Sommet Européen, prévoyait la date du 3 octobre 2005, pour ouvrir officiellement les négociations d’adhésion avec Ankara, à l’unique condition, que la Turquie ratifie un accord d’union douanière avec les 10 nouveaux entrants, ce qui allait impliquer de facto – on se console comme on peut ! – la reconnaissance de Chypre. Mais voilà, la Turquie a bel et bien signé ce que fut le protocole d’Ankara pendant l’été 2005, mais refuse depuis d’appliquer cette norme à Chypre… et c’est sur ce magnifique postulat que les négociations entre les 25 y compris Chypres et Ankara, qui ne reconnaît pas Chypre, ont été lancées.

Depuis la situation demeure inchangée. Malgré les pressions de part et d’autres, la Turquie, y compris le Premier Ministre Erdogan, fait le dos rond, martèle le refus chypriote du plan Annan, en avril 2004 – à juste titre puisqu’il s’agissait ni plus ni moins qu’une institutionnalisation de l’occupation illégale de Chypre Nord par les troupes turques – et insiste sur les apports économiques que pourraient apporter la Turquie – comme ce fut le cas lors de la tournée du TUSIAD, le MEDEF turc, les 3, 4 et 5 octobre derniers. 

 

Pourtant, les Européens avaient promis, « ça suffit ! » « Il fait régler la question chypriote au plus vite » entendait-on ça et là dans les couloirs européens. « Et cela ne peut passer que par une reconnaissance claire de la République de Chypre. » Mais encore une fois, les Européens ont déçu. Certes il y a eu des sanctions, mais quelles furent-elles ? Huit des 35 chapitres de négociations furent suspendus. Ce qui est appelé sanction est en réalité une constatation de ce qui ne peut avancer sans la reconnaissance de Chypre… Il n’y a donc pas sanction, seulement normalisation en fonction des exigences du gouvernement turc. Doit-on ce réjouir que les 27 autres chapitres ne puissent être bouclés, sans que les huit suspendus le soient également ? En réalité, le contraire aurait plutôt été incroyable, car cela aurait signifié, que les exigences européennes, ne représentent qu’un menu à la carte, parmi lequel le Premier Ministre turc, peut piocher, selon ses volontés personnelles. Non, en réalité, l’Union Européenne, aurait dû faire preuve de fermeté, non seulement pour conserver un minium de cohérence politique sur ce dossier, mais aussi, ne faut-il pas l’oublier, pour clarifier la situation auprès du peuple turc, qui est pris en otage entre la mauvaise foi significative de son gouvernement, qui estime que négociation rime avec immobilisation, et la Commission de Bruxelles, apparemment omnipotente, dont la rigueur en matière de respect des Droits de l’Homme est diamétralement opposée à celle qu’elle impose aux Etats, dans le cadre de leur politique économique.

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