Actualité

Vendredi 17 novembre 2006

C'est arrivé. Le chef de l'Armée de terre turque l'a annoncé hier: "Les relations dans le domaine militaire avec la France ont été suspendues." Et les menaces proférées par le gouvernement turc se sont transformées en réalités politiques. Pour autant est-il temps de renoncer?

 

Bien évidemment que non. Tout d'abord parce que ce n'est pas à la Realpolitik, aux considérations militaires et aux dispositions économiques de destabiliser l'examen d'un loi dont la porté  est avant tout juridique. Ensuite parce que cela signifierait que la France est prête à dealer  des relations diplomatiques (avec les conséquences économiques qui en découlent) contre sa conception des Droits de l'Homme qui l'a poussée à adopter une loi le 12 octobre 2006, visant à condamner pénalement le négationnisme du génocide arménien. Si tel était le cas cela signifierait que la France serait prête à instrumentaliser la justice, dans son sens le plus noble, au profit d'intérêts conjoncturels fondés sur la coopération militaro-économique. Si tel était le cas, la France ne serait plus le berceau des Droits de l'Homme, la France ne serait plus porteur de l'idéal républicain, la France ne serait tout simplement plus la France.

 

Toutefois, admettons que la France puisse s'adonner à de telles pervertions de ses principes les plus élémentaires, obtenues après des siècles de luttes - faut-il le rappeler - et prometteur d'un véritable avenir d'épnouissement de l'Humanité. Admettons que la France soit inquiète au point de réfléchir à l'éventualité de reculer sur un texte dont elle connaît les vertus de paix civile et de protection de la mémoire. Admettons que la France hésite, doute et soit finalement (chose étonnante!) terriblement sensible aux pressions turques. Au delà de se méprendre à marchander la justice, cela serait en tout point ridicule. En effet le même type de menace avait été manifesté par le gouvernement turc lorsque la France avait reconnu le génocide arménien par la loi du 29 janvier 2001... et parallèlement les échanges commerciaux entre la France et la Turquie ont progressé de 32% en 2002. Mais cette fois-ci les menaces ont été concrètement mises à exécution.

Bluff, duperie, tromperie! Il ne s'agit en réalité que d'un effet d'annonce afin de temporiser pour que cette loi ne soit pas examinée avant la fin de la légilsature c'est à dire en juin 2007. Cette manoeuvre a donc pour but de gagner du temps afin de contraindre le Parlement à renouveler toute la procédure légilsative. La meilleur façon de mettre un terme à ces manoeuvres de destabilisation est donc de mettre ce texte au plus vite à l'ordre du jour du Sénat. Plus vite cette question sera traitée et plus vite les pressions et menaces turques seront atténuées, car le gouvernement d'Anakara peut certes réaliser des annonces afin de semer le trouble dans les esprits des députés français, mais ne peut en aucun cas tenir de tels engagements sur le long terme.

Ce qui semble le plus attristant dans ces démarches, c'est qu'elle témoigne de la farouche volonté du gouvernement turc de ne pas regarder objectivement son passé et de perpétuer hors de ses frontières le déni du génocide arménien. Le machiavélisme des relations internationales où la Justice passe au second plan au profit de la Realpolitik est malheureusement un constat régulié. Par contre le véritable enseignement de cette ultimatum réalisé par le gouvernement d'Ankara, c'est que force nous est de constater que la Turquie n'a pas progressé sur cette question et s'entête encore et encore, à tout entreprendre pour dans le cadre de son négationnisme hyperactif du génocide arménien.

Par Jules BOYADJIAN
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Mardi 21 novembre 2006

A l'approche du prochain Sommet Européen qui aura lieu les 15 et 16 octobre prochain et surtout de la publication du Rapport de la Commission Européenne - prévu pour le 6 octobre décembre prochain - qui guidera la réunion des Vingt-Cinq, Bruxelles hausse sur le ton sur la Question chypriote.

Mais tout d'abord il semble élémentaire de poser le cadre d'une question chypriote qui fait couler beaucoup d'encre - à juste titre d'ailleurs - alors qu'elle reste méconnue dans le fond par de nombreux européens. Le 20 juillet 1974, le Premier Ministre turc de l'époque, Bulent Ecevit, ordonne le lancement de l'opération "Attila". Depuis cette offensive de l'armée turque, la partie Nord de l'île de Chypre est occupée, de manière tout à fait illégale, aux yeux des Conventions internationales. De même la République Turque de Chypre-Nord, autoprocclamée le 20 novembre 1983, n'est reconnue que par le gouvernement turc qui en parallèle se refuse formellement de reconnaître la République de Chypre pourtant membre de l'Organisation des Nations Unies et depuis le 1er mai 2004, de l'Union Européenne.

Les candidatures successives à l'Union Européenne, de la République de Chypre puis de la Turquie, ont permis d'enclencher un processus vers la résolution du conflit. Tout d'abord c'est le plan Annan, du nom du Secrétaire Général des Nations Unies, qui devait enterriner la question. Soumis à une procédure de référendum, dans les deux parties de l'île, le 24 avril 2004, soit une semaine avant l'adhésion officielle de la République de Chypre dans l'Union Européenne - dans son ensemble puisque seule la Turquie reconnaît la République Turque de Chypre-Nord - le plan Annan, manifestement réalisé dans la précitipation, fut approuvée à une large majorité par les Chypriotes turcs et rejeté avec une majorité encore plus importante par les Chypriotes grecs. Pour cause, ce plan était en réalité, une institutionnalisation de l'occupation illégale du Nord de Chypre. En conséquence, la Partie occupée de l'île, est devenue le 1er mai 2004, une zone de l'Union Européenne, ce qui signifie, en d'autres termes, que la Turquie occupe illégalement depuis 2004, une parcelle de l'Union Européenne. Le 17 décembre 2004, le Sommet Européen proposait la date du 5 octobre 2005, pour ouvrir les négociations avec Ankara en vue de son adhésion à l'Union Européenne, à la seule condition que le gouvernement turc adopte un protocole d'union douanière avec les Dix derniers entrant, ce qui induirait de facto, une reconnaissance de la République de Chypre. Signé en juillet 2005, Ankara refuse toujours d'appliquer ce protocole à la République de Chypre. En dépit de ce comportement du gouvernement turc, en tout point offensant envers un membre à part entière de l'Union Européene, les négociations ont été ouvertes le 5 octobre 2005, sans la résolution de la question chypriote.

On peut à juste titre se demandait pourquoi le Président Papadopoulos n'a-t-il pas fait valoir son droit de veto, mais cela s'explique très aisément par le fait que la République de Chypre ne peut pas résister aux pressions exercées par ces propres partenaires au sein de l'Union Européenne, en particulier le Royaume-Uni qui se démène pour le succès de la candidature turque. C'est dans ces conditions que les négociations se poursuivent. Hier l'Union Européenne a menacé Ankara de sanction si elle n'acceptait pas une bonne fois pour toute d'appliquer le protocole d'union douanière à la République de Chypre. Toutefois les sanctions promises ne semblent pas très incisives dans la mesure où comme l'aurait indiqué une source diplomatique: "Sur le principe, chacun est d'accord: il faut être claire, crédible et il faut que ce soit réversible, il faut pouvoir revenir rapidement et facilement aux négociations dès que les conditions seront remplies". En pratique, certains, le gouvernement de Londres en tête, ne souhaitent qu'une suspension très limitée du processus de négociations sur les articles liés à l'union douanière.

 

Tout porte à croire que tant que l'Union Européenne n'aura pas fait preuve de plus de conviction concernant des questions essentielles telles que la reconnaissance de la République de Chypre et celle du génocide arménien, ainsi qu'une amélioration significative des Droits de l'Homme, de la Femme et des Minorités, alors ce processus ne sera en rien prometteur d'une Europe guidée par des valeurs démocratiques et une morale républicaine.

Par Jules BOYADJIAN
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Mercredi 29 novembre 2006

A l’occasion du 33ème anniversaire de la disparition du fondateur d’Israël, David Ben Gourion, et surtout au lendemain d’un cessez-le-feu auquel personne ne croyait suite à 5 mois de conflits armés permanents, le Premier Ministre israélien, a peut-être donné un nouvel espoir de paix après tant d’années de confrontations incessantes. En effet, M. Ehoud Olmert, a annoncé ce lundi 27 novembre qu’il était prêt à céder « de nombreux territoires et implantations qui y sont érigées » mais également qu’il allait œuvrer dans le sens de la création d’ « un Etat palestinien indépendant et viable avec une continuité territoriale en Judée et en Samarie (Cisjordanie), un Etat qui aura une souveraineté totale avec des frontières définies conformément à la feuille de route » en échange de « la cessation de la violence et de la terreur, de la reconnaissance du droit de vivre en paix et en sécurité côte à côte, et du renoncement du droit du retour des réfugiés. »

   

A ceci, il faut ajouter l’appel à un échange de prisonniers, le versement de droits de douanes et de taxes qu’Israël se refusait jusqu’à présent de verser au gouvernement du Hamas, représentant 400 millions de dollars et également en guise de bonne volonté, l’amélioration des conditions d’entrée et de sortie de la bande de Gaza, pour les individus comme pour les marchandises. Ces déclarations, en gage de volontés pacifistes, de la diplomatie israélienne semble en effet présager d’une réelle volonté de reprise du processus de paix. De surcroît, le Président de l’Autorité palestinienne s’est immédiatement réjouit des déclarations de son homologue israélien, en affirmant notamment, hier, dans une entrevue à Amman, avec le roi Abdallah II de Jordianie, qu’il percevait « cette initiative de manière positive, d’autant que M. Olmert s’est clairement référé à l’Initiative de paix arabe [qui stipule la reconnaissance d’Israël par les pays arabes en échange du retrait israélien des territoires occupés depuis 1967].

Il semblerait par contre, que le parti Hamas, majoritaire au gouvernement doute de la bonne volonté du chef d’Etat israélien. Opération de marketing international ou pas, l’Autorité palestinienne doit absolument saisir cette opportunité, pour pousser le Premier Ministre israélien à traduire par des actes, ces propos si prometteurs. Pour cela, il faudrait tout d’abord que le cessez-le-feu ne soit pas violé de part et d’autres – ce qui semble pour l’instant être le cas – mais surtout qu’au plus vite le gouvernement du Hamas accepte les pourparlers avec Israël qui doivent se traduire, au plus vite, par une rencontre entre MM. Olmert et Abbas pour donner un nouvel espoir à la paix juste entre ces populations.  

Par Jules BOYADJIAN
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Jeudi 30 novembre 2006

Au cœur des années soixante-dix, au temps des dictatures sud-américaines, un vaste réseau de coopérations internationales en Amérique latine, visant à liquider tout opposant au pouvoir autoritaire, se met en place sous le nom de l’Opération Condor. Lors de cette vaste entreprise MM. Zelmar Michelini et  Héctor Gutiérrez Ruiz respectivement, Sénateur et Président de la Chambre des Représentants de l’Uruguay, furent torturés puis assassinés à Buenos Aires en 1973, alors qu’ils recherchaient l’exil politique. Enfin la justice uruguayenne a décidé le 16 novembre dernier, de poursuivre en justice les commanditaires de cet exécution autoritaire à savoir M. Juan María Bordaberry, ancien dictateur uruguayen entre 1973 et 1976, et M. Juan Carlos Blanco, Ministre des Affaires étrangères d’alors, pour violation de la constitution, et homicides. En réalité à cette époque, de nombreux putschs – perçus très d’un bon œil par l’administration américaine – viennent bouleverser la situation politique sud américaine, le plus retentissant d’entre eux étant celui du 11 septembre 1973, faisant tomber le Président Allende au profit du Général Pinochet au Chili. Dès lors, peut se mettre en place une campagne d’assassinat programmée à l’encontre de quiconque s’oppose au système. Cette Opération Condor concerne, dans les années soixante-dix, le Chili, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et la Bolivie. 

Le 16 novembre 2006, le juge Dr. Robert Timbal a donc lancé un mandat d’arrêt contre MM. Juan María Bordaberry et Juan Carlos Blanco, chef de la diplomatie en 1976, pour violation de la constitution, homicides et disparitions forcées à l’encontre de MM. Zelmar Michelini et Héctor Gutiérrez Ruiz, ainsi que de Mme Rosario Barredo et M. William Whitelaw, anciens membres du Mouvement de Libération National. 

 

En réalité, après l’ouverture des archives militaires consécutive à l’élection de M. Tabaré Vasquez à la présidence de l’Uruguay en 2004, le mandat d’arrêt s’est fondé sur la découverte de documents signés par M. Blanco, relatifs aux quatre meurtres, et demandant aux ambassades uruguayennes de constituer une agence de renseignement pour persécuter les opposants à la dictature en dehors du pays, le fondement l’Opération Condor (c'est la dimension précitée de coopérations internationales).

Il aura fallu attendre 30 ans pour poursuivre les auteurs de ces crimes, les accusés encourent jusqu’à 10 ans de prison. Pour la préservation de la moralité démocratique, l’équité et le droit à un procès juste, respectant les accusés et la partie plaignante, doit être assurée pour que toute la lumière soit faite sur de tels évènements qui ne peuvent rester impunis.

Par Jules BOYADJIAN
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Lundi 18 décembre 2006

Ils devaient se montrer intraitables, justes, impartials. Il s’agissait d’un test importance et d’une échéance difficile pour la Turquie. En réalité il n’en fut rien et le jeu de poker menteur continue entre Ankara et Bruxelles, avec comme mise, la République de Chypre. En effet, le Sommet Européen des 15 et 16 décembre derniers, n’a fait que confirmer les décisions du Conseil des Ministres des Affaires Etrangères, tenant lui-même ses conclusions du Rapport de la Commission porté par Oli Rehn, sur l’évolution de la Turquie sur les traces de l’adhésion. Bien évidemment, au delà du fait, que ce processus marginalise des institutions fondamentales dans la fonctionnement de l’Union Européenne, telles le Sommet Européen, ou le Conseil des Ministres – puisque les jeux étaient déjà joués d’avance – il s’agit encore une fois d’une preuve du laxisme européen au regard de considérations élémentaires en matière de politique européenne, et de lâcheté face à la diplomatie turque. Que s’est-il passé ? Juillet 2004, le Sommet Européen, prévoyait la date du 3 octobre 2005, pour ouvrir officiellement les négociations d’adhésion avec Ankara, à l’unique condition, que la Turquie ratifie un accord d’union douanière avec les 10 nouveaux entrants, ce qui allait impliquer de facto – on se console comme on peut ! – la reconnaissance de Chypre. Mais voilà, la Turquie a bel et bien signé ce que fut le protocole d’Ankara pendant l’été 2005, mais refuse depuis d’appliquer cette norme à Chypre… et c’est sur ce magnifique postulat que les négociations entre les 25 y compris Chypres et Ankara, qui ne reconnaît pas Chypre, ont été lancées.

Depuis la situation demeure inchangée. Malgré les pressions de part et d’autres, la Turquie, y compris le Premier Ministre Erdogan, fait le dos rond, martèle le refus chypriote du plan Annan, en avril 2004 – à juste titre puisqu’il s’agissait ni plus ni moins qu’une institutionnalisation de l’occupation illégale de Chypre Nord par les troupes turques – et insiste sur les apports économiques que pourraient apporter la Turquie – comme ce fut le cas lors de la tournée du TUSIAD, le MEDEF turc, les 3, 4 et 5 octobre derniers. 

 

Pourtant, les Européens avaient promis, « ça suffit ! » « Il fait régler la question chypriote au plus vite » entendait-on ça et là dans les couloirs européens. « Et cela ne peut passer que par une reconnaissance claire de la République de Chypre. » Mais encore une fois, les Européens ont déçu. Certes il y a eu des sanctions, mais quelles furent-elles ? Huit des 35 chapitres de négociations furent suspendus. Ce qui est appelé sanction est en réalité une constatation de ce qui ne peut avancer sans la reconnaissance de Chypre… Il n’y a donc pas sanction, seulement normalisation en fonction des exigences du gouvernement turc. Doit-on ce réjouir que les 27 autres chapitres ne puissent être bouclés, sans que les huit suspendus le soient également ? En réalité, le contraire aurait plutôt été incroyable, car cela aurait signifié, que les exigences européennes, ne représentent qu’un menu à la carte, parmi lequel le Premier Ministre turc, peut piocher, selon ses volontés personnelles. Non, en réalité, l’Union Européenne, aurait dû faire preuve de fermeté, non seulement pour conserver un minium de cohérence politique sur ce dossier, mais aussi, ne faut-il pas l’oublier, pour clarifier la situation auprès du peuple turc, qui est pris en otage entre la mauvaise foi significative de son gouvernement, qui estime que négociation rime avec immobilisation, et la Commission de Bruxelles, apparemment omnipotente, dont la rigueur en matière de respect des Droits de l’Homme est diamétralement opposée à celle qu’elle impose aux Etats, dans le cadre de leur politique économique.

Par Jules BOYADJIAN
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J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice.  Il fallait donner sa vie pour la combattre.                        Albert Camus

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