Génocides

Jeudi 2 novembre 2006

Le Génocide des Arméniens, de 1915 à 1917, constitue le premier génocide du XXème siècle. Perpétré par le gouvernement Jeunes-Turcs de l'Empire Ottoman, il a rayé de la carte près de 1 500 000 Arméniens, sur une population totale d'environ 2 millions de personnes.

Le processus génocidaire commence avec la folie meurtrière du Sultan Abdul-Hamid II. De 1894 à 1896, des massacres systématiques sont organisés contre les populations arméniennes des provinces orientales ; près de 300 000 Arméniens sont massacrés, de nombreux villages sont brûlés, d'autres pillés, des dizaines de milliers de personnes sont converties de force à l'islam, des centaines de milliers contraintes à l'exil. Les Jeunes Turcs, arrivés au pouvoir en 1908, poursuivent, après un semblant de démocratisation, cette même politique : dès 1909, dans la province d'Adana (Cilicie), un massacre de 30 000 Arméniens est perpétré, avec le silence des puissances européennes.

Le Comité Jeune-Turc Union et Progrès "Ittihad", au travers du triumvirat constitué par Enver, ministre de la guerre, Talaat, ministre de l'intérieur et Djemal, ministre de la marine, s'érige en dictature en 1913. Nourri par les idées du panturquisme, visant à l'union politique des nations turcophones et à l'élimination de tous les éléments non-turcs, le Comité "Ittihad" saisit l'occasion de la Première Guerre Mondiale pour mettre à exécution son plan d'extermination des Arméniens. Après le désarmement, dès janvier 1915, des soldats arméniens servant dans l'armée ottomane, le génocide commence le 24 avril 1915 par l'arrestation de l'élite intellectuelle et politique arménienne à Istanbul ; celle-ci est déportée en Anatolie puis massacrée ; les militaires démobilisés subissent le même sort.



Ensuite partout en Anatolie, un ordre général de déportation est donné, sous le prétexte d'éloigner les populations arméniennes du front russe. De fait, cette déportation sert l'objectif de l'extermination planifiée par le gouvernement Jeune-Turc. Les convois de déportés, constitués de femmes, d'enfants et de vieillards (les hommes valides sont dès le début séparés des autres et éliminés) conduisent aux déserts inhospitaliers de Syrie. Fort peu y arriveront, pour y être parqués dans des camps de concentration et systématiquement éliminés ; en cours de route, les déportés sont dépouillés de leurs biens personnels, affamés, soumis à des marches forcées et des traitements inhumains (viols, tortures, enlèvements) ; la plupart des déportés, périssent progressivement, d'épuisement, de faim, de maladie ou sont massacrés, dans de véritables camps de concentration à ciel ouvert, qui amassent toujours aujourd'hui les restes squelettiques d'une population arménienne, agonisante et génocidée.

Par Jules BOYADJIAN
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Jeudi 2 novembre 2006

Afin de pérenniser son crime, l'Etat turc mène depuis plus de 90 ans maintenant un négationnisme des plus actifs, à l'intérieur mais également à l'extérieur de ses frontières. Propagande, désinformation, stigmatisation des populations arméniennes, tous les moyens sont bons pour instaurer le déni sur tous les continents. Mais l'arme préférée, dont use le gouvernement turc, est la dissuasion diplomatique alimentée de menaces économiques. Pendant de nombreuses années, les défenseurs de la vérité, concernant le génocide arménien, se sont heurtés à ces procédés. Mais la France a finalement résisté à ses pressions, pour prendre le chemin de la Justice et de la vérité. Après une procédure, longue, difficile, mise en cause à de nombreuses reprises par le Président de l'époque qui se montrait plus que sensible aux réticences formulées par Ankara, la République adoptait une loi, le 29 janvier 2001 stipulant:

"La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915."

La France a donc été la première grande démocratie du monde à faire ce geste fort et en tout point exemplaire puisque dans les années qui suivirent de nombreux Etats (Allemagne, Italie, Suède, Hollande, Suisse, Pologne, Belgique, Lituanie, Pologne...) allaient également faire ce geste fort pour l'Humanité en reconnaissant le premier génocide du vingtième siècle.  

Par Jules BOYADJIAN
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Jeudi 2 novembre 2006

Pendant de nombreuses années, le Président Chirac s'est présenté comme l'un des plus grands supporters de l'adhésion, à tout prix, de la Turquie à l'Union Européenne. A cet égard il a fait preuve depuis maintenant quelques années, d'un laxisme préjudiciable à l'avenir de l'Europe. Lors des étapes décisives de la candidature turque, telles que le Sommet européen du 17 décembre 2004, qui statuait sur l'ouverture des négociations avec Ankara, le Président, en décalage avec l'opinion française, n'a pas imposé la reconnaissance du génocide arménien, en tant que préalable au déclenchement de ce processus, ni même le retrait des troupes turques de Chypre Nord, ou une amélioration significative des Droits de l'Homme, de la Femme et des Minorités, en Turquie.

Toutefois son voyage diplomatique récent en Arménie, justement pour le lancement de l'année de l'Arménie en France, marque un tournant. Lors de ce voyage, où il a rendu hommage aux victimes de ce génocide (photo ci-contre), le Président de la République a clairement affirmé que la reconnaissance du génocide arménien, était un préalable à l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne. Le Président français a ainsi fait honneur, aux principes moraux de paix et de justice que portent notre République et qui sont les fondements mêmes de la construction européenne.

Par Jules BOYADJIAN
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Vendredi 1 décembre 2006

Alors que le combat pour la reconnaissance internationale du génocide arménien vit des heures déterminantes, l'Argentine par la voix de ses Parlementaires de la Chambre des Députés, ont entamé, ce vendredi 29 novembre, une nouvelle procédure de reconnaissance. En effet, après avoir subi des pressions incessantes de la part d'Ankara, relayées par la Présidente du groupe d'amitié Argentine-Turquie à la Chambre des Députés, les Parlementaires argentins ont tout d'abord choisi de repousser ce vote à une date ultérieure. Toutefois après une forte action de sensibilisation, quant à la nécessité d'adopter une telle loi, menée par le Comité de Défense de la Cause Arménienne d'Argentine, le vote a finalement été soumis à l'ordre du jour, lors de la séance du 29 novembre dernier. Tout au long des débats, des messages très forts de Députés convaincus se sont enchaînés, si bien que la loi a très largement été adoptée à une majorité de 175 pour et seulement 2 abstentions.

Cette proposition est d'autant plus forte qu'elle consacre le 24 avril comme "jour de la tolérance et de respect entre les nations", afin de préserver les populations avenir d'un destin similaire. De même, les étudiants et autres travailleurs ou employés d'origine arménienne sont autorisés à ne pas se rendre à leur lieu de travail, le jour du 24 avril, afin d'honorer la mémoire des victimes du génocide lors des commémorations organisées à cette occasion.

En réalité, il ne s'agit pas d'une première en Argentine. L'Amérique du Sud a très vite était sensibilisée à la question, particulièrement l'Uruguay dont le Parlement fut le premier à reconnaître le génocide arménien, lors de la séance du 20 avril 1965 - avant qu'une loi fut finalement adoptée en 2004. De même en Argentine, la Chambre des Députés et le Sénat ont très souvent adopté des résolutions reconnaissant le génocide arménien. A la Chambre des Député tout d'abord, le 17 avril 1985 et le 24octobre 2001, au Sénat ensuite, le 19 juin 1985, le 5 mai 1993, le 11 avril 2002, le 20 août 2003 et le 31 mars 2004. En résumé, les deux chambres ont indépendamment et par des résolutions très fortes reconnues le génocide arménien, mais aucune loi en la matière n'a franchi les deux chambres tout en évitant le veto présidentiel, pour être adopté en tant que loi.

En somme cette procédure est une nouvelle opportunité de faire adopter une loi sur le génocide arménien, dans un pays où la sensibilisation politique et sociétale sur la question est déjà totale.

Par Jules BOYADJIAN
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Lundi 12 mars 2007

Le Dauphiné du 11 mars 2007

Arménie 1915 : l’oubli. Darfour 2007 : l’indifférence. Pour la FRA “Nor Seround” (“Nouvelle génération”  mouvement de jeunesse socialiste arménien), il n’y a pas de différence entre le premier génocide du XXè siècle et les exactions commises depuis maintenant quatre ans dans cette région de l’Ouest du Soudan, qualifiées de crimes contre l’humanité par l’ONU : Les mêmes et atroces scènes de villages incendiés, de pillages, de viols, d’assassinats, de populations déplacées sur fond de famine. 

 

“L’analogie parfaire des crimes”    

Le tout dans le silence assourdissant de la communauté internationale prose dans un faisceau d’intérêts contradictoires. Une attitude qu’entend stigmatiser Jules Boyadjian délégué national aux relations extérieures de la “FRA Nor Seround” : « Du génocide arménien de 1915 à nos jours quel avenir pour le Darfour ? Une interrogation qui peut paraître suspecte, presque sans fondement, tant la culture, le temps et l’espace diffèrent. Et pourtant, la destinée des peuples est la même. […]. Cette région vit depuis 2003 une intensification de la violence préméditée dont la nature génocidaire semble difficilement contestable. Ce qui frappe, c’est l’analogie parfaite de ces crimes […] la négation outrageuse des événement. […]. Les générations éclairées par la démocratie, censées défendre une conception humaniste et fraternelle des peuples, ne peuvent rester insensibles à cette souffrance. […].

Les leçons du passé   

« Ce silence presque complice ne peut plus être toléré. […]. Les démocraties doivent faire leur travail de mémoire, reconnaître et réparer les génocides passés, combattre les bourreaux d’aujourd’hui. Car les démons de demain apparaîtront si l’on ne condamne pas fermement leurs ancêtres. […] Si les peuples n’ont pas retenu les enseignements de 1915, Hitler, a étudié le cas arménien au point de s’en inspirer pour abattre sa fureur antisémite sur le peuple juif. De même on peut se demander si le gouvernement de Khartoum agirait avec si peu de retenu sur les populations du Darfour, si les instances internationales étaient intervenues pour mettre un terme à l’extermination des Tutsis du Rwanda. […] »

“Inquiet du devenir de l’humanité”

 

Pour “éveiller les consciences sur cette terrible tragédie humaine” et aborder sans tabou “un thème universaliste au cœur des préoccupations des générations inquiètes du devenir de l’humanité”, le “Nor Seround” réunira mardi prochain quelques uns des plus éminents spécialistes de la question pour une conférence autour du thème : “Du Génocide Arménien de 1915, à nos jours, quel avenir pour le Darfour”. Interviendront ainsi après Maria Markarian (Présidente du “Nor Seround” Valence) et Arménien Seropyan (Porte-parole du bureau national du mouvement) le docteur Jacky Mamou, Président du Collectif Urgence Darfour, ex-président de Médecins du monde, et Yves Ternon, docteur en histoire à la Sorbonne, auteur de nombreux ouvrages sur l’holocauste et l’étude comparées de génocides.

Par Jules BOYADJIAN
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J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice.  Il fallait donner sa vie pour la combattre.                        Albert Camus

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