Objectif 14 décembre

Publié le par Jules BOYADJIAN

La FRA Dachnaktsoutioun est le Parti Socialiste Arménien présent dans de nombreux pays du monde. Elle constitue l'unique force politique véritablement organisée dans toute la diaspora et la plus grande structure de défense de la Cause Arménienne. Elle s'est mobilisée avec succès sur de nombreux dossiers comme la reconnaissance du Génocide arménien. Désormais c'est à l'échelle européenne qu'elle défendre son idéologie humaniste, pour une Europe de valeurs fondée sur la justice et la démocratie.

Mourad PAPAZIAN, Premier Secrétaire de la FRA Dachnaktsoutioun en Europe Occidentale nous donne sa perception des nouveaux enjeux dans ce domaine.

Source: Gamkonline

 

La fin de l’année 2007 et l’année 2008 s’annoncent décisives sur le front de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. Le Conseil Européen du 14 décembre et la présidence française à partir du 1er juillet 2008 apparaissent comme de réelles opportunités politiques.

Depuis le 3 octobre 2005, la Turquie a entamé le processus de négociations d’adhésion à l’Union européenne. Quel bilan peut-on établir ?

Obtenir l’ouverture des négociations le 3 octobre 2005 : tel était l’objectif majuer de la Turquie. Entre l’été 2002, avec l’arrivée au pouvoir de Ragip Tayep Erdogan et le 3 octobre 2005, le gouvernement turc a adopté, à la hâte, des paquets de réformes dont le but était de montrer à l’Europe la volonté politique de la Turquie à mettre en œuvre les changements réclamés par l’Union européenne. Or, force est de constater que, pendant cette période, l’Europe n’a pas fait preuve de l’exigence nécessaire vis-à-vis d’Ankara : elle s’est contentée d’enregistrer les décisions parlementaires et gouvernementales turques sans en vérifier l’application sur le terrain. La commission européenne et les gouvernements européens veulent faire rentrer la Turquie dans l’Europe, coûte que coûte. Dans ce contexte, nous avons tout mis en œuvre pour que la question de la reconnaissance du génocide arménien soit considérée comme un préalable inscrit dans l’esprit des critères d’adhésion adoptés à Copenhague en 1993. C’est le sens de l’action publique qu’a menée la FRA Dachnaktsoutioun dans toute l’Europe entre 2002 et 2005. Sans relâcher la pression, nous avons constaté que, depuis l’ouverture des négociations, la Turquie n’a plus fait aucun effort. Il est donc temps de reprendre l’action en toute légitimité pour dénoncer l’immobilisme du gouvernement Turc. Pire, le climat en Turquie est devenu encore plus insupportable pour les Arméniens. Et l’assassinat de Hrant Dink le 19 janvier 2007 est la conséquence directe de la politique anti-arménienne de l’Etat turc. La lumière n’a toujours pas été faite sur cet assassinat. Les auteurs ont été arrêtés alors que les commanditaires sont toujours dans l’ombre. Actuellement, la télévision turque relaie une dangereuse campagne anti-arménienne. Des responsables arméniens de la diaspora sont même montrés du doigt. La Turquie poursuit sa politique de pression et d’intimidation.

 

Peut-on dire que la Turquie ne changera pas ?

 

On peut dire que la Turquie n’a pas changé. Changera t-elle ? C’est à elle de donner une réponse concrète à cette question essentielle. La Turquie doit changer ! Le gouvernement turc doit rompre radicalement avec le kémalisme et prendre les décisions spectaculaires qui mettront véritablement la Turquie sur de nouveaux rails. Tant que la Turquie n’aura pas reconnu le génocide arménien, tant qu’elle n’aura pas reconnu la République de Chypre, tant qu’elle n’en n’aura pas évacué le nord, tant que les droits de l’homme seront piétinés, tant que l’armée imposera sa présence dans le jeu politique, la Turquie ne changera pas. Mais il ne s’agit pas non plus de se laisser tromper par l’illusion réformatrice du nouveau gouvernement turc. L’Europe doit imposer des changements spectaculaires et ne doit pas se contenter de demi-mesures. La Turquie doit prouver et non promettre. Pour inciter l’Europe à faire preuve d’exigence, nous devons continuer le travail auprès des mondes politique et diplomatique, auprès des médias et des opinions publiques européennes. Il est clairement établi que personne ne fera le travail à notre place. Et si nous voulons que la reconnaissance du génocide arménien puisse durablement exister dans le débat concernant l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, nous devons porter en permanence notre présence politique. Nous devons, nous aussi, jouer un rôle pour que cette Turquie change. Mais elle ne changera pas naturellement. Les changements doivent être imposés tant de l’intérieur du pays où les forces de progrès, encore timides, peuvent y contribuer, que de l’extérieur. Et les négociations d’adhésion à l’Union européenne constituent une formidable occasion pour négocier, justement. C’est au cours de cette période que les Européens doivent contraindre la Turquie à respecter véritablement les critères de Copenhague. Et, nous considérons que la reconnaissance du génocide arménien fait partie des critères de Copenhague.

 

Faut-il demander la rupture des négociations d’adhésion 

 

Nous considérions que la Turquie devait reconnaître le génocide arménien avant de rentrer dans le processus de négociations ? Cela vaut également pour les facteurs chypriote, kurde ainsi que pour les questions liées aux droits de l’Homme. La Turquie devait être en conformité avec les critères de Copenhague avant d’entamer ce processus. La FRA Dachnaktsoutioun avait demandé en 2005 que le Président Chirac propose le report de l’ouverture des négociations. Nous considérions que la Turquie n’était pas prête et nous avions raison. Elle ne l’est pas plus aujourd’hui. Le sera-t-elle demain ? Le gouvernement turc est dans son propre processus de négociations. Il ne respecte ni les conditions de l’Union européenne, ni le timing établi par Bruxelles. Ankara fait preuve d’une arrogance inacceptable en mettant tout en œuvre pour préserver la maîtrise du parcours des négociations. Si le gouvernement turc s’enferme dans cette attitude, et si les 27 eux-mêmes ne lancent pas un véritable avertissement à Ankara, nous serions alors fondés de demander la rupture des négociations. Mais nous ne serions pas seuls à le faire et le mouvement contre l’entrée de cette Turquie dans l’Union européenne prendra une nouvelle dimension tant au sein du monde politique que de la société civile. La Turquie sera alors prise à son propre jeu et la FRA Dachnaktsoutioun, dans toute l’Europe, sera un des artisans majeurs de ce mouvement.

 

Que compte faire la FRA, concrètement ?

 

Nous allons relancer le combat contre l’entrée de cette Turquie dans l’Europe. Un Etat négationniste et génocidaire n’a pas sa place en Europe. Nous allons renforcer notre travail d’information et organisation une grande mobilisation européenne le vendredi 14 décembre prochain à Bruxelles au moment où les 27 Chefs d’Etat et de gouvernements se réunirons pour étudier, de nouveau, la candidature de la Turquie. Nous serons nombreux, très nombreux, déterminés, très déterminés, vigilants, très vigilants. Nous ne laisserons pas la Turquie mener le jeu. La FRA Dachnaktsoutioun, dans toute l’Europe, appelle toutes les organisations arméniennes, toutes les organisations de défense des droits de l’homme, à s’unir et à se réunir pour organiser, ensemble, ce grand rassemblement. Si l’Europe est encline à faire preuve de faiblesse, nous devons montrer la force de notre mobilisation. Et cette période octobre-décembre sera déterminante. Elle constituera un des éléments clés de notre combat. Le rendez-vous du vendredi 14 décembre devra permettre de rassembler les opinions publiques et une partie de la classe politique contre l’adhésion de cette Turquie à l’Union européenne. Se taire ce jour là équivaudrait à un consentement inacceptable de notre part.

 

L’union de toutes les forces arméniennes est nécessaire

 

Nous avons besoin de toutes les forces du peuple arménien. Le gouvernement turc se renforce de plus en plus. Nous devons, nous aussi, continuer de nous renforcer. L’Union de toutes nos énergies, le rassemblement de tous nos moyens, la fédération de toutes les compétences sont absolument indispensables aujourd’hui. Le peuple arménien possède, avec la FRA Dachnaktsoutioun, un parti politique présent dans le monde entier, avec une capacité d’impulsion et de mobilisation très importante. Mais contre l’Etat turc, il faut un large rassemblement contre l’adhésion de cette Turquie dans l’Union européenne. Nous avons besoin de tout le monde, de tous les militants, tous les sympathisants et tous ceux qui se sentent concernés par cet enjeu. Quelles que soient les divergences qui nous ont séparées dans le passé, il est aujourd’hui incontournable de donner de la force à l’union et de la puissance au combat. Car les fronts se multiplient et la Turquie s’appuie sur des moyens financiers sans limite. Ankara mobilise, contre la cause arménienne, tout son personnel politique et administratif, toutes les forces occultes dans le but de faire échec à notre lutte.

 

La fin de l’année 2007 s’annonce décisive et 2008 intense. L’heure est véritablement à la mobilisation générale de tous. Nous gagnerons nos combats à la condition que nous soyons en permanence à la recherche de l’exploit.

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