Agir face à la réalité d'un génocide

Publié le par Jules BOYADJIAN

Source Le Monde

Par Armen Seropyan, Porte-Parole de la FRA Nor Seround (Nouvelle Génération Arménienne); Jacky Mamou, Président du Collectif Urgence Darfour, ex-Président de Médecin du Monde; Dominique Sopo, Président de SOS-Racisme et Yves-Jean Gallas, Vice-Président du Mouvement de la Paix.

Déjà l'écho de la manifestation parisienne organisée par le collectif Urgence Darfour est allé jusqu'au Soudan, mais en même temps une polémique étrange, et à vrai dire incompréhensible, s'est développée en France (pages Débats du Monde du 29 mars) tandis qu'une véritable guerre contre les civils se déroule dans l'ouest du Soudan. Si le compteur de l'ONU est bloqué à "plus 200 000 morts" depuis dix-huit mois, des observateurs attentifs comme Eric Reeves estiment à près de 450 000 le nombre de victimes, en s'appuyant sur différentes études statistiques (Coalition for International Justice, OMS, Lancet...). Le chiffre de 400 000 est également retenu par Gérard Prunier, auteur de Darfour : un génocide ambigu ( La Table ronde, 2005), et par Africa Action. Un effroyable bilan dû pour une part aux morts violentes, et pour l'autre aux maladies et à la dénutrition.

Or le crime de génocide, selon la Convention internationale de 1948, s'entend de l'un quelconque des actes commis dans l'intention de détruire tout ou partie d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Il peut s'agir de meurtres ou d'atteintes graves à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ou encore de sa soumission intentionnelle à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle. Qui peut nier sérieusement que telle est la situation endurée par les groupes noirs africains, Fours, Massalit, Zaghawa..., du Darfour ? La litanie est affligeante : meurtres de masse, viols systématiques des femmes et des fillettes, déplacements de force de millions de personnes après destruction de leurs villages, empoisonnement des puits, pillage, vol des cheptels...

Quant à l'aide humanitaire, cette aide vitale dont dépendent des millions de personnes, elle est aussi pillée, détournée, attaquée par les milices janjawids et le groupe rebelle dirigé par Minni Minawi, qui a rallié le régime. L'insécurité oblige les secouristes à des évacuations répétées. D'autres, à l'instar de Médecins du monde, ont quitté la région. Selon les Nations unies, 4,5 millions de personnes sont affectées par le conflit, dont 1,5 million hors d'atteinte. La tactique de harcèlement des secours est au service d'une stratégie plus subtile que les massacres de la période antérieure : achever les rescapés par épuisement.

La question de l'intentionnalité du gouvernement soudanais ne fait pas de doute tant les preuves sont nombreuses du ciblage systématique des civils par son aviation et les janjawids. Les survivants mentionnent avec insistance que les attaques ont lieu aux cris de "nous allons tuer tous les Noirs" ou encore "cette terre n'est pas celle des Noirs" . D'innombrables témoignages et analyses confirment l'objectif : vider la région de ses populations noires africaines. Il existe donc un consensus international sur le crime contre l'humanité au Darfour, et les arguments sérieux pour parler de génocide s'accumulent, hélas, aussi.

Se reposer sur la promesse d'élections libres au Soudan dans deux ans, c'est se faire l'avocat de la propagande du régime. Faire croire à un gouvernement d'union nationale, comme le font certains de nos détracteurs, où les "sudistes" auraient une partie du pouvoir, n'est que tartuferie. Le vice-président soudanais, sudiste, qui s'oppose à Omar El-Béchir en raison de la non-application de l'accord de paix au Sud, a brisé cette fiction en se déclarant favorable à l'intervention des casques bleus et de la Cour pénale internationale (CPI) au Darfour.

L'équipe dirigeante actuelle, issue des Frères musulmans, s'est emparée du pays par un putsch militaire en 1989 ; quelques mois auparavant, ce courant avait obtenu moins de 10 % aux élections. Sa première préoccupation a été de relancer la guerre aux populations noires du Sud, animistes et chrétiennes, au nom de la charia. Elles avaient le malheur de vivre dans des zones pétrolifères. Le Soudan a une tradition d'esclavage de ses populations noires, et le mépris affiché pour la vie de ces populations est lié à ce passé. 

Au Darfour, les populations civiles ont droit au secours d'une force internationale de protection. Qui, honnêtement, peut dire le contraire ? La résolution 1706 de l'ONU demande l'envoi de casques bleus, non pas dans tout le Soudan, mais au Darfour. Les Etats-Unis, à l'unisson des Européens, grondent, mais n'agissent pas. Pire, George Bush a obtenu de Khartoum une coopération dans sa "lutte contre le terrorisme" , d'où la visite du chef des services secrets soudanais à Washington...

Le Parlement européen invite "les Nations unies, même en l'absence de consentement ou d'accord de la part du gouvernement soudanais, à fixer clairement une date pour le déploiement d'une force de maintien de la paix" . L'Assemblée "demande aux gouvernements des Etats membres de l'Union européenne, au Conseil et à la Commission de prendre leurs responsabilités et de tout mettre en oeuvre pour protéger effectivement les populations du Darfour d'un désastre humanitaire" . Dès maintenant, l'UE doit exercer des sanctions économiques et politiques, pour faire reculer le gouvernement de Khartoum. Il y a urgence à agir pour le Darfour !

Signez la pétition européenne du Collectif Urgence Darfour

Publié dans Génocides

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KARIM 13/05/2007 21:05

Je comfirme que les janjawid sont des noirs arabisés(noms à consonnance arabes ,langue arabe etc...)Le terme arabe est à prendre au sens culturel et non racial.

yériché 17/04/2007 14:23

C\\\'est bien là toute l\\\'ampleur du problème. Le racisme n\\\'a pas toujours une grande cohérance.
Les milices Janjawids, armées et instrumentalisées par le gouvernement de Khartoum sont composées de noirs et ils tuent des noirs.
Le gouvernement de Khartoum  se revendique de la classe des arabes bien que cette minorité favorisée est noire également. Ce régime oligarchique a plongé le Soudan dans un régime ségrégationniste contre ceux qu\\\'on appel les Africains, qualifiés péjorativement de "noirs".
La classe dominante (et minoritaire) du Soudan, non- satisfaite de contrôler l\\\'ensemble du pouvoir et des richesses du pays en excluant la majorité du peuple de la vie sociale, économique et politique, elle tue par centaines de millier les populations Four et Massali notamment.
Bien évidemment nous sommes d\\\'accord, cette distinction entre noirs et arabes n\\\'a pas lieu d\\\'être, mais ce n\\\'est pas le rôle des militants des droits de l\\\'homme d\\\'expliquer le racisme en revanche nous devons le combatre.

pas glop 08/04/2007 19:44

Il y a juste un détail qui ne colle pas..
Le miliciens Janjawid qui perpetuent ces horribles massacres sont au cris de "on va tuer tous les noirs" ne sont-ils pas ... noirs !

Pour preuve cette image.. Ces massacres sont horribles et doivent être dénoncés c'est *évident*. En revanche il semblerait que l'opinion française n'est pas prête à comprendre enfin l'afrique vu les approximations qui sont encore perpétuées à l'heure d'internet..