Le dictateur chilien mort... impuni!

Publié le par Jules BOYADJIAN

Dimanche dernier, l’ex-dictateur chilien et Sénateur à vie du Chili est décédé à l’age de 91 ans… sans avoir été condamné pour les crimes odieux qu’il avait commis tout au long de son règne sans partage. Homme de main de la CIA au Chili pendant la période de la guerre froide, il représente l’icône des dictatures à la solde des Etats-Unis, dans la lutte contre le communisme en Amérique du Sud. Promu candidat en chef de l’armée le 23 août 1973, le Général Pinochet n’aura eu besoin que de 18 jours, soit le 11 septembre 1973, pour prendre la tête d’un coup d’Etat, fatal au gouvernement démocratique du Chili, et mortel pour le Président Allende, se suicidant dans le palais présidentiel de La Moneda, bombardé et pris d’assaut par les forces armées.

Dès lors, l’autoritarisme règne au Chili. Le parlement est dissout, les partis politiques suspendus, les opposants au régime sont arrêtés et exécutés. Tortures, exécutions arbitraires, terrorisent la population soumise au dictateur Pinochet. Et bien évidemment l’Opération Condor, vaste entreprise sud-américaine impliquant de nombreuses dictatures sud-américaines, sous prétexte de la lutte contre le communisme, mais en réalité pour liquider toute personnalité politique divergente du régime, dans les années 1970-1980. « Le chef suprême de la nation » conserve le pouvoir jusqu’en 1988 où il est finalement renversé politiquement – à la suite de révoltes – tout en conservant une immunité de Sénateur à vie qu’il s’était lui-même forgé lors des années de dictature totale, après avoir demeuré dix année de plus, jusqu’au 10 mars 1998, à la tête de l’armée de terre.

 

 

Le dictateur chilien est pourtant arrêté le 16 octobre 1998, à Londres, et les juges de la  Chambre des Lords décident le 25 novembre que le Général ne peut bénéficier d’aucune immunité. Il est finalement relâché le 2 mars 2000 par le gouvernement britannique en raison de son état de santé. Dès lors des opérations judiciaires seront entreprises contre lui au Chili, après la levée de l’immunité dont bénéficiait le dictateur en son rang de Sénateur à vie. Mais en réalité aucune d’entres-elles n’aboutiront réellement. Le général a su se protéger et le régime dictatorial pèse toujours sur le système, qui poursuit difficilement sa marche vers la démocratie. Figure terrible de la terreur dictatoriale, le Général Pinochet, aura donc échappé à la justice, pour les excès terribles aux Droits de l’Homme qu’il aura perpétré tout au long de sa dictature. Mais que dire, de l’attitude des puissantes internationales. Epaulé par l’administration américaine, soutenu par Margaret Thatcher, jamais le dictateur n’aura été contesté, pendant que ces « démocraties », soi-disant dépositaires des principes Humanistes, regardaient d’un œil satisfait celui qui protégeait leurs intérêts en Amérique du Sud. Encore un dictateur qui aura su passer aux mailles de la Justice internationale. Il est certains que tant que les plus grandes puissantes n’accepteront de se soumettre, en vertu de la toute-puissante du Droit, à une court pénale, indépendante et permanente, alors ces injustices insoutenables se reproduiront. Que les nations occidentales – avec tout ce que cela implique de considération fraternelle entre les peuples – s’indignent, que les chefs d’Etats « démocrates » au mieux impassible, au pire complice, exultent, et que les dictateurs – encore existant dans notre monde – savourent, la pugnacité, l’orgueil, le zèle, d’un Homme qui au crépuscule d’une vie faite de torture, de crime contre l’Humanité, d’assassinat politique, de violences gratuites, dans le seul but de préserver le pouvoir, aura déclaré, pour son quatre-vingt-onzième anniversaire. « Aujourd’hui proche de la fin de mes jours, j’assume la responsabilité politique de mes actions. Je ne garde rancœur à personne. »

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