Le Liban encore plongé dans le tourment

Publié le par Jules BOYADJIAN

Hier l'assassinat du Ministre de l'Industrie libanais, Pierre Gemayel, membre de la majorité anti-syrienne, a profondément agravé la situation de crise totale dans laquelle se trouve le Liban. Cet évènement a, en outre, radicalement attisé les multiples tensions entres les différentes composantes pro- et anti-syriennes du pays du Cèdre et perpétue l'incertitude quant à l'émergence d'un véritable Etat libanais uni et souverain. Cette exécution intervient en pleine crise politique au Liban. Depuis le 13 novembre 2006, date à laquelle le gouvernement libanais a décidé d'approuver le projet de l'ONU de créer un tribunal spécial pour juger les responsables de l'assassinat de l'ancien milliardaire et Premier Ministre Rafik Hariri, les députés du Hezbollah et du mouvement Amal ont décidé, en réaction à cette décision qu'ils déplorent, de quitter le gouvernement. En effet, l'assassinat d'Hariri, dans un attentat à la voiture piégée, le 14 avril 2005, a déclenché une importante période de troubles au Liban, caractérisée par de nombreux attentats, notamment à l'encontre de leaders politiques anti-syriens, mais aussi le retrait des troupes syriennes, le 26 avril 2005 exigée par l'Organisation des Nations Unies, et enfin la guerre israélo-libanaise de l'été 2006.

 

Comment élaborer une filiation entre ces évènements? Il existe une véritable opposition politique sur une question directement liée à l'essence même du Liban ainsi qu'à son avenir. Certains prônent un Etat libanais, libre, indépendant et souverain sur tout son territoire, alors que d'autres souhaitent au contraire faire du Liban, un Etat fantoche du régime syrien. D'où l'opposition entre pro- et anti-syrien. A cela il faut ajouter la structuration composite du peuple libanais qui rajoute une difficulté supplémentaire. Il serait toutefois erroné de vouloir concevoir les antagonismes, qu'au travers du prisme éthnique, puisqu'il s'agit avant tout d'une question politique et même géo-politique. La La Syrie, pays, en tout point laïque - on l'oublie trop souvent - souhaite avoir une influence totale dans la région, ce qui implique nécessairement le contrôle du Liban. 

Plusieurs thèses se confrontent régulièrement, mais tout porte à croire que la Syrie avait joué un rôle décisif dans l'attentat d'Hariri pour destabiliser le pouvoir central. En conéquence, l'ONU avait imposé le retrait des troupes syriennes, ce qui a entraîné une révolte révélée par nombres d'attentats contre des responsables libanais anti-syriens. La guerre doit être perçu également dans cet optique. Le Hezbollah, dont les relations avec la Syrie sont fortes, avait pleinement conscience de la réaction israélienne - bien que complètement démesurée - en prenant en otage deux soldats de Tsahal, début juillet 2006. Deux faits semblent conforter cette idée. Tout d'abord, une dizaine de jour avant le début du conflit israélo-libanais, l'enlèvement de soldats de Tsahal par une branche armée du Hamas, avait déjà engendré une réponse terrible de l'Armée israélienne qui avait entrepris alors un raid terrible sur Gaza. Ensuite, l'armement exceptionnel du Hezbollah, a révélé que les responsables du Parti de Dieu étaient pleinement préparés à faire face à une attaque de grande envergure de la part d'Israël. On peut effectivement émettre l'hypothèse que le Parti de Nasrallah a provoqué cette guerre pour dévoiler aux yeux du monde, et particulièrment ceux des Libanais, l'incapacité du gouvernement anti-syrien à protéger le peuple libanais en cas de conflit, alors que le Hezbollah, lui par contre, en avait la capacité. Force est de constater, avec cynisme et tristesse, que l'un des objectifs fixés, à savoir, stigmatiser le gouvernement, fut un succès total. De même on peut interpréter l'attentat d'hier comme une réponse à la décision du gouvernement libanais de créer un tribunal spécial chargée de juger les responsables de l'attentat de Rafik Hariri. Malheureusement il est déplorable de constater que le peuple libanais est sans cesse pris en otage parmis toutes ces confrontations qui dépassent manifestement le cadre politique en devenant de véritables conflits armés. L'enjeu n'est pas de décréter qui à tord ou raison, car les coupables d'aujord'hui seront peut-être les victimes de demain, mais il est sûr que, plus que jamais, le peuple libanais est pris en otage, entre la nostalgie syrienne, les pressions du Hezbollah, la menace d'un conflit avec Israël, quelques espoirs d'indépendance diffus dans un gouvernement impuissant et enfin l'arbitage onusien à la tonalité états-unienne très forte.

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