UE-Turquie: l'affaire chypriote au centre des considérations

Publié le par Jules BOYADJIAN

A l'approche du prochain Sommet Européen qui aura lieu les 15 et 16 octobre prochain et surtout de la publication du Rapport de la Commission Européenne - prévu pour le 6 octobre décembre prochain - qui guidera la réunion des Vingt-Cinq, Bruxelles hausse sur le ton sur la Question chypriote.

Mais tout d'abord il semble élémentaire de poser le cadre d'une question chypriote qui fait couler beaucoup d'encre - à juste titre d'ailleurs - alors qu'elle reste méconnue dans le fond par de nombreux européens. Le 20 juillet 1974, le Premier Ministre turc de l'époque, Bulent Ecevit, ordonne le lancement de l'opération "Attila". Depuis cette offensive de l'armée turque, la partie Nord de l'île de Chypre est occupée, de manière tout à fait illégale, aux yeux des Conventions internationales. De même la République Turque de Chypre-Nord, autoprocclamée le 20 novembre 1983, n'est reconnue que par le gouvernement turc qui en parallèle se refuse formellement de reconnaître la République de Chypre pourtant membre de l'Organisation des Nations Unies et depuis le 1er mai 2004, de l'Union Européenne.

Les candidatures successives à l'Union Européenne, de la République de Chypre puis de la Turquie, ont permis d'enclencher un processus vers la résolution du conflit. Tout d'abord c'est le plan Annan, du nom du Secrétaire Général des Nations Unies, qui devait enterriner la question. Soumis à une procédure de référendum, dans les deux parties de l'île, le 24 avril 2004, soit une semaine avant l'adhésion officielle de la République de Chypre dans l'Union Européenne - dans son ensemble puisque seule la Turquie reconnaît la République Turque de Chypre-Nord - le plan Annan, manifestement réalisé dans la précitipation, fut approuvée à une large majorité par les Chypriotes turcs et rejeté avec une majorité encore plus importante par les Chypriotes grecs. Pour cause, ce plan était en réalité, une institutionnalisation de l'occupation illégale du Nord de Chypre. En conséquence, la Partie occupée de l'île, est devenue le 1er mai 2004, une zone de l'Union Européenne, ce qui signifie, en d'autres termes, que la Turquie occupe illégalement depuis 2004, une parcelle de l'Union Européenne. Le 17 décembre 2004, le Sommet Européen proposait la date du 5 octobre 2005, pour ouvrir les négociations avec Ankara en vue de son adhésion à l'Union Européenne, à la seule condition que le gouvernement turc adopte un protocole d'union douanière avec les Dix derniers entrant, ce qui induirait de facto, une reconnaissance de la République de Chypre. Signé en juillet 2005, Ankara refuse toujours d'appliquer ce protocole à la République de Chypre. En dépit de ce comportement du gouvernement turc, en tout point offensant envers un membre à part entière de l'Union Européene, les négociations ont été ouvertes le 5 octobre 2005, sans la résolution de la question chypriote.

On peut à juste titre se demandait pourquoi le Président Papadopoulos n'a-t-il pas fait valoir son droit de veto, mais cela s'explique très aisément par le fait que la République de Chypre ne peut pas résister aux pressions exercées par ces propres partenaires au sein de l'Union Européenne, en particulier le Royaume-Uni qui se démène pour le succès de la candidature turque. C'est dans ces conditions que les négociations se poursuivent. Hier l'Union Européenne a menacé Ankara de sanction si elle n'acceptait pas une bonne fois pour toute d'appliquer le protocole d'union douanière à la République de Chypre. Toutefois les sanctions promises ne semblent pas très incisives dans la mesure où comme l'aurait indiqué une source diplomatique: "Sur le principe, chacun est d'accord: il faut être claire, crédible et il faut que ce soit réversible, il faut pouvoir revenir rapidement et facilement aux négociations dès que les conditions seront remplies". En pratique, certains, le gouvernement de Londres en tête, ne souhaitent qu'une suspension très limitée du processus de négociations sur les articles liés à l'union douanière.

 

Tout porte à croire que tant que l'Union Européenne n'aura pas fait preuve de plus de conviction concernant des questions essentielles telles que la reconnaissance de la République de Chypre et celle du génocide arménien, ainsi qu'une amélioration significative des Droits de l'Homme, de la Femme et des Minorités, alors ce processus ne sera en rien prometteur d'une Europe guidée par des valeurs démocratiques et une morale républicaine.

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