Mardi 25 septembre 2007

A l'approche de l'Assemblée Générale des Nations-Unies, où les chefs d'Etats du Monde (y compris le Président Sarkozy) se rendront pour traiter, entre autre, de la question du Darfour, l'organisation Save Darfur, équivalent au Collectif Urgence Darfour aux Etats-Unis, a réussi à faire passer un spot TV sur la grande chaîne d'information CNN, le tout dans le but de conserver la mobilisation de l'opinion publique sur le sujet.

 

 

Par Jules BOYADJIAN - Publié dans : Crimes contre l'Humanité
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Lundi 24 septembre 2007

Par Jules BOYADJIAN administrateur du Collectif Urgence Darfour.

Alors que 4,5 millions de personnes sont affectées par la crise du Darfour, dont environ un million n’a aucun accès à l’aide humanitaire et un autre million en bénéficie dans des conditions plus que précaires, alors que les exactions au Darfour ont déjà fa it plus de 400 000 morts et que les témoignages de l’épouvante se multiplient, alors que les médias sont traqués publiquement par le pouvoir soudanais, la légitimité d’une action dans la province de l'ouest soudanais est fréquemment contestée en France sous prétexte d'absurdes amalgames. On entend dire : « Tout ceux qui sont pour l’intervention au Darfour étaient pour l’intervention en Irak. » Grotesque. Aux Etats-Unis, l’administration Bush temporise alors que le Congrès, où l'opposition démocrate est majoritaire, prône quant à lui l’action au Darfour. Les Démocrates avaient remporté une victoire historique aux élections de mi-mandat du Congrès en novembre dernier en ayant justement fait campagne contre l’aventurisme du Président en Irak. Et c’est Georges W. Bush, téléguidé par le « super cabinet des affaires étrangères », le Département d’Etat, qui se montre le plus frileux sur les sanctions contre le Soudan ou le lancement d’un plan de déploiement d’une force conséquente de maintien de la paix.



Au Congrès, les Démocrates s’activent. Toujours engagés pour le retrait des troupes en Irak, ils s’élèvent publiquement contre tout immobilisme de l’administration Bush et prennent leur responsabilité. Le Sénat a d’ores et déjà voté le « Genocide Accountability Act » qui permet de poursuivre en justice, sur le sol américain, les auteurs de génocide dans d’autres pays, une résolution qui aujourd’hui concerne uniquement le Darfour, seul génocide actuel reconnu aux Etats-Unis. Dans le cadre des mesures plus drastiques, le « Sudan Divestment Authorization Act » (S.831) est dans l’antichambre du Sénat américain. Soutenu officiellement par 29 sénateurs, co-sponsors de cette résolution qui prévoit la suspension de toute subvention aux entreprises impliquées directement ou indirectement dans les atrocités du Darfour, ce texte n’est cependant toujours pas à l’ordre du jour du Sénat. Les organisations de défense des droits de l’homme, en particulier le collectif Save Darfur et Genocide Intervention Network, rechercheraient l’unanimité auprès des sénateurs pour des raisons politiques liées aux répercussions internationales de l’adoption d’une telle législation - l’objectif étant de ne pas donner une connotation partisane à une cause qui doit transcender les clivages politiques classiques. Il convient de rappeler que les Démocrates reçoivent généralement le soutien de certains Républicains au Congrès, ces derniers s’affranchissant aisément d’une quelconque primauté à l’administration Bush en la matière.

 

A la Chambre des Représentants c’est Donald Payne, Démocrate du New Jersey, qui « rappelle jour après jour », selon sa consœur Diane Watson, la nécessité d’une action au Darfour alors qu’au Sénat c’est Richard Durbin, Démocrate de l’Illinois et très proche de Barack Obama également partisan de la cause du Darfour, qui exhorte la représentation américaine à agir. Le 24 mai dernier en séance au Sénat, il adressait tant au Congrès qu’à la Maison Blanche un message retentissant :

 

« Comment nous jugera l’Histoire ? Nous jugera-t-elle pour avoir reconnu ce génocide en y apportant une réponse adaptée, ou nous jugera-t-elle pour avoir reconnu cette terrible tragédie sans y avoir apporté une quelconque réponse ? Il est temps d’agir. Nous devons faire plus. C’est simplement trop important et trop historique pour attendre plus longtemps. »

 

Donald Payne était-il pour la guerre en Irak ? Non. Richard Durbin y était-il favorable ? Non plus. Tous deux avaient voté contre le texte de loi autorisant la guerre en Irak en 2003. Il n’y a donc pas équivalence.

 

Sur le continent nord-américain, la crise du Darfour renvoie à bien d’autres événements du passé : le devoir de protection des peuples après la découverte effroyable de l’Holocauste, l’état de témoin apathique en 1994 pour le génocide des Tutsis du Rwanda, ou encore le combat contre le négationnisme et pour la prépondérance du droit sur les marchandages politiques concernant le génocide arménien. L’emploi par les plus hautes instances américaines et relais d’opinion du terme de « génocide » pour désigner les crimes contre l’humanité au Darfour – reconnus comme tels par l’Organisation des Nations unies – joue un rôle fondamental. Aux Etats-Unis, peut-être plus qu’ailleurs, le pallier de génocide entraîne des conséquences politiques réelles. Les motivations des uns et des autres divergent. D’un côté le Congrès américains, les personnalités de la société civile et les grands médias américains comme le New York Times, qui reconnaissent le génocide du Darfour, s’indignent de la paralysie internationale et fustigent les complices d’un régime criminel. De l’autre, l’Administration américaine, comprenant le Département d’Etat, qui instrumentalise le concept de « génocide » à des fins politiques. C’est indubitable. En caractérisant ainsi les exactions au Darfour, le président américain s’inquiète moins de l’aspect moral que de l’enjeu politique sous-jacent. Le président Bush a convaincu la nation américaine de la nécessité d’une réponse au Darfour. Ce qui semble tout à fait positif a priori, mais l’est beaucoup moins dans les faits, car la nature de la réponse, ou plutôt de sa réponse, diverge avec les besoins exigés de la situation sur le terrain.

 

Le 18 avril 2007, le président américain prononçait un discours au mémorial de l’Holocauste dans lequel il déplorait l’évolution de la situation au Darfour, mais n’imposait toujours pas de sanctions réelles au gouvernement soudanais. Une sorte d’énième dernière chance pour ces promoteurs de la haine. Le 29 mai 2007, le président Bush annonçait que le Département du Trésor américain allait imposer des sanctions contre 30 entreprises soudanaises, s’accumulant au 130 déjà existantes. Concernant l’effort politique nécessaire, l’administration américaine est trop peu effective. Les Etats-Unis pourraient se montrer plus volontaristes afin que la dernière phase, la plus importante du plan d’Addis Abeba, puisse aboutir. Au terme de ce plan, une force hybride ONU-UA de maintien de la paix, composée de 20 000 hommes, devrait être déployée au Sud-Soudan. C’est un minimum, bien loin d’être obtenu à ce jour. Ces bataillons doivent avoir des mandats clairs et des équipements conséquents et adaptés. L’état-major américain devrait donc s’activer, œuvrer en partenariat avec les Etats sensibilisés à la situation au Darfour, convaincre la Chine, et conquérir une majorité au Conseil de Sécurité de l’ONU. Or cela les Etats-Unis ne le font pas. Au contraire, leur réponse à la crise du Darfour relève plus d’un calcul politique et diplomatique étriqué préservant le gouvernement de Khartoum. Des explications ? Sans doute obtenir de lui une collaboration dans le cadre de la lutte anti-terroriste, d’autant plus qu’Oussama Ben Laden a passé quelques années au Soudan pour préparer son organisation terroriste. Mais on peut aussi émettre d’autres hypothèses. La mainmise sur le pétrole soudanais ? Peut-être. Mais bien plus probable est l’intérêt que pourrait porter l’administration américaine à la situation géographique du Soudan. Comme on sait, les attentats du 11 septembre 2001 ont fait renaître une psychose dans la société américaine et chez les diplomates du Département d’Etat qui s’inquiètent de la protection de leurs propres intérêts qu’ils croient en perpétuel danger, et l’on connaît l’intérêt porté par Washington pour le Moyen-Orient. Situé de l’autre côté du canal de Suez, le Soudan possède des frontières communes avec la Lybie et l’Egypte, qui n’entretiennent pas nécessairement une relation fraternelle avec les Etats-Unis tout en jouant un rôle important dans le monde arabe et la région en générale. L’enjeu géopolitique du Soudan est réel si l’on se concentre sur la protection des intérêts américains gravement mis à mal au Moyen-Orient avec les difficultés en Irak. Les troupes américaines étant confrontées à de nombreux fronts aux quatre coins du monde, obtenir sans combattre le contrôle sur les responsables soudanais pourrait s’avérer une aubaine pour le Département d’Etat américain. Autrement dit, les Etats-Unis pourraient utiliser la crise du Darfour comme moyen de pression pour obtenir l’assentiment total du gouvernement soudanais à leurs objectifs stratégiques en matière de sécurité. Aussi surprenante soit-elle, cette thèse n’est pourtant pas dénuée de sens. Pourquoi les Etats-Unis se dérobent-ils derrière les promesses hypocrites du gouvernement soudanais pour ne pas envoyer en collaboration avec des Etats alliés sur la question – la plupart dans l’Union européenne – un bataillon dans le Sud-Soudan ? Ne l’ont-ils pas fait pour moins que ça avec moins d’alliés dans un passé proche ? Lorsqu’on se souvient des récentes rencontres entre le chef des services secrets soudanais et l’administration américaine, on est en droit de se demander si l’utilisation du Darfour comme simple moyen de pression ne fonctionne pas déjà.

 

Evidemment, on s’inscrit ici dans la conjecture, le registre de l’hypothétique. Dans tous les cas, il est certain que l’administration joue à un double jeu sur la question du Darfour, avec une diplomatie très forte mais une absence étonnante d’actes. On est à l’évidence bien loin du cas irakien. La polémique française n’a donc pas lieu d’être. Il est plus que jamais temps de mettre de côté les polémiques infondées et autres conflits d’intérêts (le pétrole pour les Chinois, la géopolitique pour les Etats-Unis) pour se concentrer sur la seule véritable question importante : la protection de vies humaines au Darfour. La France et l’Union européenne doivent prendre des initiatives internationales et entraîner dans leur sillage les Etats-Unis qui ne pourront s’opposer à des engagements qui s’inscrivent dans la logique des discours formulés par toutes les institutions américaines. Il faut les prendre au mot et utiliser la faille, la contradiction dans le jeu pervers mené par les Etats-Unis.

 

Mais ne l’oublions pas : la stratégie américaine d’instrumentalisation du Darfour n’est applicable que tant que le moyen de pression perdure. Pour la Maison Blanche, la crise du Darfour constitue ce levier politique formidable permettant de mettre sous contrôle le gouvernement soudanais. On peut ainsi soupçonner le gouvernement Bush d’une bonne dose de cynisme, et douter de son intérêt à prendre des mesures fortes contre Khartoum pour résoudre la crise du Darfour.

Par Jules BOYADJIAN - Publié dans : Crimes contre l'Humanité
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Lundi 24 septembre 2007

Vous pouvez regarder une vidéo de l'interview de Jacky Mamou, Président du Collectif Urgence Darfour, par Sylvain Attal, journaliste à France 24, du 26 juin 2007. Il s'agit d'une vidéo forte intéressante en ce qu'elle révèle les limites de la volonté des décideurs internationaux concernant la résolution du conflit du Darfour. L'été 2007 a donné raison à Jacky Mamou puisque la résolution 1769 de fin juillet reste très faible: les forces de maintiens de la paix ne bénéficiant pas de mandats suffisants et le gouvernement soudanais demeurant protégé.

 

Par Jules BOYADJIAN - Publié dans : Crimes contre l'Humanité
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Jeudi 26 avril 2007

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, les 92e commémorations du génocide arménien sont marquées par un véritable partage des mémoires. La solidarité des génocides face au négationnisme est une véritable contestation au déni qui frappe tout les génocides. Expliquons cette réaction à mettre en parallèle avec la naissance du concept de génocidophobie et aussi l’inquiétude vis-à-vis de la non-intervention au Darfour.

Par Jules BOYADJIAN, Etudiant à Sciences Po Bordeaux.

Pour Agoravox, le média citoyen. 

Les veillées de commémorations du génocide arménien, organisées le 23 avril de chaque année, sont très intéressantes en ce qu’elles présagent de l’évolution de la cause arménienne. Ce sont en effet des associations de jeunesse qui sont chargées de l’organisation de ces évènements. A Paris, l’édition 2007 aura été marquée par des prises de parole de l’Union des étudiants juifs de France, de l’association IBUKA qui regroupe des rescapés du génocide rwandais, mais aussi du collectif Urgence Darfour. Symbole de cette réunion des mémoires, la projection du film-documentaire de Carla Garapedian, Screamers, mettant en scène dans leur rôle de militant pour la paix, le groupe de rock mondialement connu, System of a Down, qui œuvre pour la reconnaissance du génocide arménien outre-Atlantique et la prévention des crimes contre l’humanité, dans leur vie d’artiste comme dans leur vie privée. A Lyon c’est, l’association FRA Nor Seround, nouvelle génération arménienne, qui a reproduit pour la troisième année consécutive son projet appelé MémoArt, qui, comme son nom l’indique, sensibilise au travers de l’art sur le thème de la mémoire. Cet événement qui a donné lieu à des expositions d’artistes ayant mis leur don au profit de causes justes, pour un message de paix, parfaitement relayé par les interventions du collectif Reconnaissance, qui combat les crimes contre l’humanité ainsi que l’association Hyppocampe de lutte contre le négationnisme de l’Holocauste à l’université tristement connue de Lyon 3 (université où enseigne Bruno Gollnish). Sans oublier le collectif Urgence Darfour qui doit être écouté en ces périodes d’atrocités terribles dans cette région du Sud-Soudan.

 

On a donc fondamentalement une ouverture de ces commémorations à tous les génocides passés et la prévention face à des exactions futures comme c’est le cas aujourd’hui au Darfour. Il s’agit d’un partage des mémoires qui aboutit à une solidarité des peuples génocidés et un devoir collectif de respect du passé.

 

Des décennies durant, il y avait peut-être une intériorisation communautaire de ces souffrances. Désormais il existe une fraternité résultant d’une réaction face à des dangers communs et la progression du devoir républicain.

 

En quoi peut-on parler de devoir républicain ?

 

Les génocides sont des crimes suprêmes. Ils doivent être enseignés aux générations futures pour les préserver de telles barbaries. Dans cette perspective, l’étude comparée de génocide permet de forger une pédagogie républicaine plus forte et capable de sensibiliser sur toutes les manifestations de l’œuvre génocidaire. Ce devoir républicain conduit également à la lutte contre l’oubli. L’avènement de la modernité ayant exacerbé le concept de responsabilité en individualisme, le ciment national que constitue la mémoire s’est effrité au même titre que la solidarité. C’est un phénomène qui s’attaque à la République. Alors, le monde associatif agit de concert pour lutter contre cette propension forte à l’oubli en rappelant le danger des génocides. Le caractère multiple de ces messages permet à celui-ci de vibrer par delà les communautés au sein de la sphère publique et de favoriser l’écoute de la part de la population arménienne. En ce sens, ces associations servent la République en protégeant le patrimoine national que constitue la mémoire avec les valeurs de justice et de démocratie unissant la France. C’est une victoire de la République qu’il fallait souligner.

 

Concernant la réaction face aux dangers communs, la question du négationnisme et de la repentance face au crime de génocide est essentielle. Alors que le procès des responsables du génocide des Tutsis du Rwanda peine à aboutir, l’antisémitisme se perpétue et revigore les faussaires de l’Histoire au même titre que le négationnisme du génocide arménien se propage dangereusement et se transforme en une véritable génocidophobie.

 

Preuve en est, l’attaque pour diffamation de M. Faurisson sur M. Badinter, en raison des propos de l’ex-Garde des Sceaux, le qualifiant de faussaire de l’histoire. Ce procès est révélateur de ce que représente le négationnisme comme perpétuation, non seulement du mensonge, mais aussi de la supériorité du bourreau sur la victime. Ce n’est pas Faurisson qui doit prouver qu’il n’y a pas eu de génocide mais bien le descendant des victimes de la Shoah qui doit faire la démonstration que ce qu’il a avancé, en caractérisant ce pseudo historien de menteur, est bel et bien réel. L’inculpé demeure la victime, face au négationnisme qui perpétue l’offense. Ce procès montre combien la lutte contre le déni de génocide est un combat défensif, à la différence de la propagation de thèses négationnistes qui constituent un acte prémédité et d’oppression certaine.

 

L’antisémitisme demeure omniprésent dans notre société avec des entreprises telles que la profanation de stèles juives au cimetière Sainte-Marie du Havre le 21 avril dernier.

 

Aussi le message contre l’antisémitisme sera d’autant plus vibrant qu’il sera relayé par des descendants de victimes d’autres génocides.

 

La prise de conscience de cette nécessité d’agir en commun est d’autant plus forte dans la lutte contre le négationnisme du génocide arménien. Symbole de la mutation de ce négationnisme qui ne concerne plus seulement le génocide qui s’est abattu sur le peuple arménien, l’exposition sur le thème de celui des Tutsis du Rwanda et qui fut « reportée » suite à des pressions de l’état-major turc.

Naissance de la génocidophobie

En effet, dans le cadre d’une campagne de sensibilisation sur le danger que représente le crime de génocide, l’organisation Aegis Trust[1], spécialiste en la matière, avait prévu une exposition de photographies traitant du génocide du Rwanda dont l’inauguration, prévue le lundi 9 mai 2007, devait se faire en présence du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon en personne. Ainsi que James Smith, directeur de l’organisation à l’initiative de cet évènement, l’avait précisé : le Département d’information publique des Nations unies avaient au préalable validé le contenu de l’exposition.

 

Alors que s’était-il passé ? Et pourquoi ?

 

 

Suite à l’aval des Nations unies, le jeudi précédent l’inauguration Aegis Trust avait donné la possibilité aux organismes représentants des intérêts divers de consulter librement l’intégralité des photos avec les explications correspondantes. C’est ainsi que les diplomates turcs ont découvert l’intolérable affront : l’évocation du génocide arménien.

 

Dans une optique tout à fait pédagogique, Aegis Trust avait jugé bon de faire la généalogie du concept du génocide, en expliquant, avec une totale rigueur scientifique, que l’inventeur de cette notion, le sociologue juif survivant de l’Holocauste, Raphaël Lemkin, avait fondé ses recherches sur les massacres, alors très récents à l’encontre du peuple juif, au même titre que ceux subis par la population arménienne en 1915[2], preuve ultime de la nature génocidaire de ces exactions.

  

S’en est suivi l’habituelle campagne de pressions permanentes, menée par les représentations de la délégation turque au sein des Nations unies, couronnée comme trop souvent encore de succès, et ce fut l’annulation de cette exposition... sur le génocide au Rwanda.

 

Cet événement présage sans aucun doute d’une évolution de la stratégie négationniste de la Turquie qui appelle donc à une solidarité des peuples génocidés.

 

Le crime de génocide, expression d’une haine absolue, ne peut être cerné selon toute sa perspective, au travers du bilan humain. Résultant de l’intelligence contre les peuples, d’une solution finale préméditée, le génocide implique une dimension psychologique, scientifique et bien évidemment politique, qui le distingue d’autres crimes contre l’humanité. C’est pourquoi l’évocation de ces crimes ne peut se dédouaner de l’étude conceptuelle. Autrement dit, il serait pour le moins réducteur de transmettre les enseignements sur les génocides, en éludant la démarche intellectuelle ayant abouti à sa découverte, en 1943 par Raphaël Lemkin, concept qu’il offrira au patrimoine de l’humanité adopté par les Nations unies en 1948. Or, si la notion de génocide puise ses racines de l’étude complémentaire, comparative ou plutôt devrait-on dire redondante des évènements subis par les populations arméniennes et juives, il devient alors incomplet, et donc erroné, de transmettre ce savoir scientifique en omettant volontairement les explications résultant du génocide arménien.

 

De même que la Turquie s’attaque ne serait-ce qu’à l’évocation du génocide arménien, ce n’est plus seulement aux évènements relatant les exactions subies par les populations arméniennes au début du siècle dernier que les diplomates turcs sont amenés à censurer, mais toutes les manifestations exhaustives traitant des génocides. Tout savoir scientifique étant diffusé par l’évocation de l’étude empirique de son créateur, la transmission du savoir concernant le concept de génocide devient de fait impossible, sans heurter la diplomatie turque.

 

Cela implique, que le négationnisme turc concernant le génocide arménien s’est transformé, si ce n’est psychologiquement au moins dans les faits, en une campagne à l’encontre de tous les génocides en tant que tels. D’où cette activité contre cette exposition qui ne concernait en aucun cas le génocide arménien, mais qui nécessitait sa mention, en vertu de la nature génocidaire des massacres du Rwanda, impliquant le recours aux origines de cette notion, à savoir les génocides des peuples juifs et arméniens. C’est pourquoi le négationnisme turc, initialement porté contre le génocide arménien, mue en une considérable et dangereuse génocidophobie dont le génocide des Tutsis a fait les frais très récemment mais qui pourrait tout aussi bien, à l’avenir, atteindre celui de la Shoah, et qui, dans tous les cas, porte déjà préjudice à la transmission auprès des générations futures, du savoir sur les génocides, non plus en tant que cas particuliers, mais désormais en tant que concept scientifiquement reconnu et juridiquement approuvé.

 

Cette évolution du négationnisme du génocide arménien interpelle évidemment les autres peuples génocidés. La Turquie demeure un exemple pour tous les éventuels auteurs de génocide ou autres crimes contre l’humanité.

 

L’impunité des négationnistes turcs motiverait-elle le gouvernement soudanais à agir avec si peu de retenue sur les populations du Darfour ? Le raccourci est trop rapide et peut-être caricatural mais il y a des points de convergence entre le négationnisme turc et l’argumentation provenant de Khartoum contre l’intervention des Casques bleus, dans la minimisation et l’inversion de la culpabilité justifiant les exactions par l’évocation abusive et en tout point erronée de la légitime défense. Dans tous les cas, cette action commune s’inscrit pleinement dans le socle républicain, protège le passé et alerte sur les dangers du présent et de l’avenir. C’est un enseignement fort, porté par ces nouvelles générations, qui doit se perpétuer pour asséner un coup fatal aux idéologies intolérables de l’antisémitisme, du négationnisme conduisant à ce que le passé se reproduise dans l’apathie généralisée.


[1] Pour plus d’information sur cette organisation, aller sur leur site Internet : http://www.aegistrust.org/

Par Jules BOYADJIAN - Publié dans : Génocides
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Jeudi 26 avril 2007

Armen SEROPYAN, Représentant de la Nouvelle Génération Arménienne (F.R.A. Nor Seround), Administrateur du Collectif Urgence Darfour.

Pour le Collectif Urgence Darfour.

Du témoignage à la complicité, de l’indifférence au silence approbateur, quelle attitude adoptent de nos jours les citoyens de France et d’Europe, les protégés de la démocratie, face à l’horreur de la situation au Darfour ? Certains ignorent le drame et ne se sentent pas concernés personnellement par ce qui se passe là-bas, si loin, on ne sait où dans un recoin de l’Afrique. D’autres, ne constituant hélas qu’une extrême minorité, ont compris que la notion de responsabilité de protéger ne s’articulait pas nécessairement autour de l’individualisme, et devait se mettre au service de la collectivité par-delà les frontières géographiques et différences culturelles. Ceux-là s’informent, sensibilisent, mobilisent et demandent des comptes à leurs représentants politiques. (Photo ci-contre, Armen Seropyan et Jacky Mamou, Président du Collectif Urgence Darfour, à Valence le 13 mars 2007 pour une conférence organisée par la FRA Nor Seround)

 

 

Parmi eux, on retrouve les descendants des victimes de génocide. Héritiers d’un passé traumatique, ils ont le devoir de rappeler la souffrance des peuples et d’alerter sur les perversions du genre humain à chaque fois que des populations sont menacées. Cette affectivité est très forte pour les héritiers du génocide arménien, dont les blessures du passé se creusent, d’année en année, des supplices de la torture négationniste. Les images des atrocités du Darfour renvoient au récit des ancêtres, et l’empathie prend place avec une aisance surprenante. C’est ainsi qu’à la Nouvelle génération arménienne (FRA Nor Seround) nous avons fait nôtre ce combat pour une véritable prise en considération des exactions au Darfour. La similitude de ces causes est frappante et transparaît par le cynisme accablant dont font preuve les gouvernements turc et soudanais, pour masquer leurs crimes respectifs. Au sein de la Nouvelle génération arménienne nous sommes donc en état d’alerte. Mais si notre passé, nous prédestine à honorer notre devoir républicain de solidarité envers les peuples victimes de crime contre l’humanité, comme c’est le cas au Darfour, nul ne devrait s’en dédouaner. Il convient aux jeunes générations de défendre une conception humaniste et fraternelle des relations entres les peuples. 

Alors que les cris étouffés des Tutsis du Rwanda raisonnent toujours dans l’inconscient des peuples, une nouvelle hémorragie humaine ne peut pas, de nouveau, demeurer abandonnée. Témoins des massacres, impassibles devant l’horreur, ces comportements de la part des bénéficiaires de la démocratie ne peuvent plus être tolérés. La fraternité ne peut se limiter à un ornement constitutionnel. Chacun est responsable du devenir de l’humanité ! Alors que faire ? 

Premièrement dénoncer. Dénoncer les exactions contre les populations évidemment, mais aussi le harcèlement que subit l’aide humanitaire, dénoncer aussi les intérêts géopolitiques polluant la réponse internationale. Une situation où le droit international, celui du plus fort, permet à Khartoum de rejeter les appels des Nations unies avec l’appui de la Chine et d’autres nations amies. 

Secondement agir. Agir pour envoyer des troupes sous mandat international afin de faire cesser les combats à sens unique et protéger les travailleurs humanitaires. Mais aussi, car les problèmes sont liés, œuvrer pour une véritable instauration d’un droit supranational qui ne permette pas aux dirigeants, comme ceux du Soudan, de prétexter, comble de mauvaise foi, la souveraineté des frontières pour empêcher l’intervention internationale. 

Cette procédure d’urgence doit intervenir immédiatement pour stopper les massacres des populations soumises à un danger permanent au Soudan. Conscients que les cris de souffrance émanant du Darfour nécessitent une réponse immédiate, nous avons fait le choix à la Nouvelle génération arménienne de participer à l’action du Collectif Urgence Darfour. Une démarche humaniste, républicaine et universelle dans laquelle nous nous insérons avec fierté, responsabilité et espoir. Nous sommes en effet convaincus que l’action pluraliste et collective, riche des histoires des uns et des autres, permettra de briser les tabous, de repousser les frontières de la « realpolitik » et d’atteindre l’horizon qui est nôtre : la cessation du crime contre l’humanité au Darfour.

Par Jules BOYADJIAN - Publié dans : Génocides
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J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice.  Il fallait donner sa vie pour la combattre.                        Albert Camus

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